7 personnages de roman qui sont écrivains

Cet article invité est écrit par Laure d’Osez écrire votre roman.

 

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                                                                           Crédit photo : Irina

 

Un personnage d’écrivain peut-il devenir aussi célèbre que son auteur ?

Il est des personnages écrivains que l’on n’oublie jamais. Une fois qu’on a terminé la dernière page, le personnage est collé à notre peau comme un double. On y repensera toute notre vie. Souvent ce personnage fort d’écrivain viendra te hanter si tu écris toi-même. Tu te compareras, tu te trouveras meilleur ou moins bon dans ta créativité, plus ou moins adapté à la vie sociale, et tu détailleras forcément tes points communs ou tes divergences.

Pourquoi mettre en scène un personnage écrivain de roman ?

Cela te permet de dépeindre :

– les mécanismes de la création du point de vue de l’écrivain, donc le seul point de vue réellement valable (qui connaît mieux les procédures littéraires qu’un écrivain ?)

– la vérité sur l’existence des écrivains, et comment ils parviennent –plus ou moins bien- à mener de front vie personnelle, matérielle, littéraire et artistique…

– de montrer au lecteur que l’écrivain n’est pas une figure de musée mais un être de chair et de cœur avec ses faiblesses, ses préférences, ses défauts, ses doutes, bref un être humain comme un autre

Et cela te permet de mettre en scène et poser les questions, à travers ton roman :

– du don

– de la vocation

– de l’inspiration

– de l’ambition littéraire et des compromis nécessaires

– du succès et de la réussite sociale

– de la folie chez l’écrivain

– de la participation du traducteur à l’œuvre de l’écrivain

– de la solitude chez l’écrivain

– de l’adaptation de l’écrivain à la vie sociale

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                                                                             Crédit photo : ActaLitté

 

Tour d’horizon de 7 personnages écrivains célèbres de la littérature romanesque :

 

1 Le monde selon Garp de John Irving    

Garp est un écrivain qui pense qu’un roman s’achève avec la vie de ses personnages. Le monde selon Garp commence avant la conception de Garp et se termine donc après sa mort.

La mère de Garp, Jenny Fields, devient écrivain en même temps que son fils. Garp, élève moyen, lutteur (John Irving était lui-même lutteur), se lance dans l’écriture pour séduire la fille de son entraîneur de lutte, Helen, grande lectrice. Mais c’est sa mère, Jenny, qui devient célèbre grâce à un récit qu’elle édite tandis que son fils ne rencontre la célébrité qu’à la fin de sa courte vie. Il passe son temps à vouloir protéger ses enfants plus qu’à travailler son œuvre.

La question de la création littéraire est si forte dans ce roman que des fragments des oeuvres de Garp sont insérés dans le corps même du roman, y compris l’intégralité de sa première nouvelle ! Il fallait oser… C’est une véritable mise en abîme de l’écrivain et de ses œuvres que John Irving propose à ses lecteurs. La création littéraire est aussi présentée comme un don qui se transmet –ici de la mère au fils.

 

2 Les Illusions perdues d’Honoré de Balzac (1842)

Lucien de Rubempré, jeune provincial aux dents longues, monte à Paris, décidé à réussir dans la presse et les milieux littéraires parisiens… C’est un arriviste qui se sert des femmes. Très vite, l’écriture devient pour lui un moyen de réussite sociale. C’est donc la gloire littéraire et non l’écriture qui l’intéresse réellement.

Il finit par faire une carrière foudroyante dans le journalisme. Balzac brosse un tableau impitoyable du monde de l’édition, des gazettes de son temps et du journalisme. Il décrit clairement les copinages, les compromis, le manque d’éthique de ces milieux, ce qui me semble coller à notre réalité au XXIème siècle. Balzac était bien un visionnaire…

L’aventure se termine mal pour Lucien qui retourne en province et doit faire face au mirage de la gloire littéraire. Ce roman est un prétexte magnifique à traiter des rêves et des ambitions de l’écrivain. Egalement du succès et de la réussite sociale chez l’écrivain : à quel prix doit-il les payer ? Est-ce vraiment ce que l’écrivain désire ? Est-ce davantage l’inspiration ou la position sociale et la fortune ? Quels compromis sont acceptables ou non quand on veut garder son âme et sa fraicheur d’écrivain ? Enfin, Balzac traite du renoncement chez l’écrivain quand celui-ci échoue socialement et artistiquement.

 

3 Une veuve de papier de John Irving

En 1998, John Irving revient à des personnages écrivains. Ted Cole est un auteur à succès de contes effrayants pour enfants. Grand séducteur, il engage Eddie, seize ans, comme assistant. Son but est de le pousser dans les bras de sa femme, Marion, ce qui ne tarde pas à arriver. Le couple bat de l’aile depuis que leurs deux garçons sont morts accidentellement. Marion part, abandonnant son mari, son amant Eddie qui ne l’oubliera jamais, et sa fille, Ruth Cole.

Ruth Cole grandit et devient une romancière célèbre. Marion devient écrivain de modestes romans policiers, sous un pseudonyme. Eddie, devenu professeur, écrit des récits sans rencontrer un grand succès.

C’est un roman sur le besoin impérieux d’écrire, que ce soit d’imagination comme Ruth ou pour se confier au papier comme Eddie. Sur le talent aussi. Car sur quatre écrivains, un seul possède vraiment la grâce : Ruth Cole. Roman sur l’acte d’écrire et le désir d’écrire, il nous baigne dans la vie des auteurs. John Irving nous montre comment nos souvenirs d’enfance et de jeunesse nous transforment, nous font devenir ce que nous sommes, et écrire ce que nous écrivons. L’écrivain est façonné par le temps et son vécu.

Une veuve de papier est donc un roman sur les dessous de la création littéraire, ce qui se passe dans la tête des écrivains et comment leurs pensées, sentiments, émotions, souvenirs et vécu vont déclencher l’acte d’écrire. Dans ce roman comme dans Le monde selon Garp, la création littéraire est présentée comme un don familial.

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Crédit photo : Sophie & cie

 

4 Shining de Stephen King.

Stanley Kubrick en a réalisé un film célèbre.

Jack Torrance perd son emploi d’enseignant car il est alcoolique. Il arrête de boire et devient gardien dans un grand hôtel isolé dans les montagnes du Colorado, fermé l’hiver. Il y emménage avec sa femme Wendy et son fils Danny. Danny, qui possède des dons de médium, fait la connaissance de Dick, cuisinier de l’hôtel, lui aussi médium. Dick met en garde Danny contre l’hôtel. D’après lui, il est doté d’une conscience et possédé par des esprits. Dick part et la petite famille est livrée à elle-même.

Danny se met à voir des fantômes et des visions terrifiantes du passé de l’hôtel. Il n’en dit rien. L’hôtel commence à posséder Jack, son père, qui devient de plus en plus agressif. Après plusieurs incidents très inquiétants, Jack est complètement manipulé par l’hôtel : il considère son fils et sa femme comme des ennemis à abattre et tente de tuer Danny.

L’hôtel, inaccessible sous la neige, veut aussi s’approprier les pouvoirs médiumniques de Danny. Dick, conscient du danger que courent Wendy et Danny, tente de rallier l’hôtel malgré la tempête. Wendy essaie de protéger son fils de Jack. Au cours d’une violente bagarre, tous deux sont gravement blessés. Jack assomme Dick et va enfin pouvoir tuer son fils. Mais la vieille chaudière de l’hôtel menace d’exploser quand elle n’est pas réglée. Jack court vers la chaudière pour empêcher l’explosion tandis que Danny, Wendy et Dick s’enfuient de l’hôtel. La chaudière explose, tue Jack et détruit l’hôtel.

Plus tard, Danny et Wendy sont dans une station estivale du Maine où Dick travaille comme cuisinier. Ils semblent enfin heureux : Stephen King nous offre une happy end, après l’horreur.

L’histoire de Shining, au-delà de l’épouvante, permet à Stephen King, de traiter d’une manière détournée de la fragile frontière entre la folie et l’imaginaire chez un écrivain rongé par la haine.

 

5 Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer      

Alex, adolescent ukrainien, vit chez son père, brute alcoolique, avec son petit frère et une mère quasiment transparente. Il va guider un écrivain juif américain, Jonathan Safran Foer lui-même, à la recherche de ses origines, de sa grand-mère et du village où elle est née, détruit par les nazis. Alex devient traducteur du roman de Jonathan, roman que l’écrivain rédige à partir leurs découvertes, faites durant ce voyage hautement picaresque.

Les lettres d’un traducteur ukrainien de roman au langage savoureux et inventif (il n’est pas plus traducteur que je le suis !) et le récit de qui s’est passé réellement dans le village ukrainien se carambolent durant tout ce roman truculent. Sans jamais l’évoquer directement, ce livre pose la question de la place de l’écrivain dans sa création. Qui au fond a vraiment écrit ce roman ? L’écrivain réel Jonathan Safran Foer, l’écrivain imaginaire Jonathan Safran Foer ou son traducteur imaginaire, Alex ?

 

6   Le carnet d’or de Doris Lessing    

 

Une jeune romancière, Anna Wulf, en quête de son identité politique, personnelle, identitaire et artistique, décrit ses expériences dans quatre carnets de couleur pour chasser sa peur de la dépression et lutter contre le syndrome de la page blanche. Un cinquième carnet, couleur or, la ramène à la vie.

L’héroïne du Carnet d’or s’interroge sur le processus de la création littéraire. Comment d’une histoire personnelle peut-on créer le matériau d’une histoire universelle ? Cette œuvre foisonnante, mélange de roman, de carnets intimes, de séances psychanalytiques, prix Médicis du roman étranger en 1976, a donné à Doris Lessing une reconnaissance internationale et fait d’elle une icône du féminisme. La question est donc résolue par le destin même que connaît l’écrivain grâce à la parution du Carnet d’or. Doris Lessing sera un écrivain équilibrée et heureuse. Et Anna Wulf sort de la folie et la dépression dans lesquelles elle menaçait de sombrer à jamais. Le Carnet d’or est bien une œuvre de fiction mais Anna Wulf, n’est jamais très loin de l’auteur.

Doris Lessing nous présente la création comme un don, une vocation, et un refuge qui permet à l’écrivain Anna Wulf de ne pas sombrer dans la folie, la dépression et la solitude. Ici, l’écriture est présentée comme un acte cathartique, un geste psychanalytique, l’écrivain comme un créateur qui lutte pour préserver son fragile équilibre.

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Crédit photo : Timothy Vollmer

 

7   Martin Eden de Jack London, 1908

 

Martin Eden, jeune matelot sans instruction, tombe amoureux d’une jeune fille de bonne famille. Leur situation sociale les éloigne totalement l’un de l’autre. Martin veut devenir écrivain. Il sacrifie tout pour cela car il veut accéder à la réussite littéraire, à la création mais aussi au monde où gravite cette jeune fille afin de quitter son état de prolétaire.

Jack London disait que ce roman, sans doute son chef-d’œuvre, n’était pas une autobiographie : Martin est un individualiste forcené et non un socialiste comme lui-même l’était. Il existe cependant plus d’une ressemblance entre l’écrivain réel et le personnage : l’ouvrier est devenu romancier célèbre (Jack London avait fait tous les métiers et même de la prison), invité des salons en vue, il est amoureux d’une femme riche qui ne le comprend pas, il ne se reconnaît plus dans le prolétariat mais ne se sent pas à sa place chez les bourgeois.

Jack London nous raconte donc, à travers son œuvre d’imagination, son propre cheminement intérieur dans la création littéraire, sa difficulté à quitter son milieu d’origine et intégrer un nouveau milieu social. Comme son personnage, il en souffrira toute son existence et y réussira à peine mieux, après mille aventures qui mettront sa vie en danger.

Pour Martin Eden, le succès en littérature n’est pas un gage d’équilibre et de bonheur. Pour Jack London non plus : il finit malade, obèse, alcoolique, drogué de morphine pour atténuer ses douleurs, et meurt à 40 ans. L’individualisme excessif de l’écrivain, son obstination à ne pas s’adapter à la société, peut le mener au malheur. C’est au fond ce que raconte Martin Eden, roman prémonitoire de son propre parcours. L’écrivain personnage et l’écrivain réel sont ici les deux jumeaux d’une histoire presque semblable…

 

Alors, comment ne pas s’intéresser à un personnage écrivain quand on est soi-même écrivain ?

Il y en a de fascinants, de redoutables, de méprisables, d’inspirés, des crève-la-faim, des célèbres… Mais ils ne sont pas si courants dans la littérature. Que nous soyons débutants en écriture ou que nous ayons déjà écrit plusieurs romans, nous pouvons tous nous reconnaitre dans certaines parts de ces personnages écrivains.

Et, pourquoi pas, écrire un jour… une histoire d’écrivain.

Un grand merci à Malik qui m’a invité à écrire cet article.

Laure d’Osez écrire votre roman

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