Interview d’auteur : Elodie Delmarès

Comme je le dis toujours, écrire est bien souvent un travail solitaire. Pourtant, il existe de nombreux moyens de se sortir de cette solitude. En rejoignant des groupes d’écriture, en discutant de ses projets avec autrui ou encore, en prenant conseil auprès d’auteurs qui ont déjà accompli ce que vous souhaitez accomplir.

Voilà pourquoi je vous propose aujourd’hui de rencontrer Elodie Delmarès, une auteure talentueuse qui a eu la gentillesse et la bienveillance de se prêter à l’exercice d’une interview. Elle nous parle de ce que l’écriture représente pour elle, son parcours d’auteur et elle nous délivre de précieux conseils d’écriture.

Voici la retranscription texte de cette interview :

 

MK : Est-ce que tu peux brièvement te présenter ?

ED : Mon nom est Elodie Delmarès. Je suis divorcée et maman de trois enfants. En plus de mon travail salarié et de mes obligations familiales je partage mon temps entre l’écriture de romans, la rénovation de ma maison et, accessoirement, le piano.

 

Elodie Delmarès

 

MK : Que représente l’écriture pour toi ? Hobby, carrière, passion…

ED : A mes débuts, l’écriture était mon mode d’expression et de communication favori, un accident ayant provoqué, pendant de nombreuses années, de grandes difficultés d’élocution. Par la suite, elle est devenue une passion : j’ai commencé à enchaîner les poèmes, puis de petites nouvelles. Et un jour, après avoir lu le roman lauréat du Prix du Quai des Orfèvres 2000, je me suis fixé le but d’écrire un roman. Il a été le premier.

Mais écrire est aussi un besoin. Pour me sentir bien, j’ai besoin, chaque jour, d’écrire au moins quelques lignes, même si c’est pour faire du secrétariat. Cela m’apaise.

C’est également un moyen de communiquer, avec précision, sur mes expériences diverses, celles qui m’ont menée jusqu’ici et que je ne pourrais pas développer sur des supports comme des vidéos, par exemple. La résilience, le travail sur l’indépendance via la créativité et le développement de son identité propre sont d’autres versants de mon activité d’écrivain. Il est possible que je les rende publics, à terme.

 

MK : Depuis quand écris-tu ?

ED : J’écris depuis l’âge de dix ans. Pour ce qui est des poèmes et nouvelles. Mon premier roman, je l’ai commencé à 28 ans et terminé à 32 ans. Il y a eu beaucoup de remous dans ma vie personnelle qui m’ont obligée à mettre le roman sur pause entre la phase de recherche et la phase d’écriture. Mais cela m’a permis de mûrir, entretemps, et de présenter un manuscrit plus abouti.

MK : Tu as écrit et publié plusieurs romans. Était-ce difficile ? Combien de temps cela t’a pris ?

ED : Je ne dirai pas que c’était difficile, parce qu’il y a toujours une petite connotation négative dans ce mot-là. Et pour moi, il ne s’agit nullement d’une souffrance. Je dirais plutôt que l’écriture est complexe, de par les recherches documentaires qu’elle nécessite souvent, la grande concentration qu’elle demande au moment de mettre la trame au point et la grande régularité exigée, une fois la phase “écriture” engagée. Mais chaque étape est un grand moment de bonheur et d’enrichissement culturel, spirituel et personnel. Ecrire, créer, est tellement nourrissant.

Le temps que cela m’a pris, pour l’écriture, était variable. Bout à bout, je dirais environ 8 mois pour chaque roman, entre les recherches et l’écriture en elle-même. La publication n’était pas si ardue, en fait, mais il faut connaître les bonnes adresses et la bonne démarche pour ne pas perdre de temps. Quand on débute, que l’on ne connaît ni les bons outils, ni les bonnes plateformes, on tâtonne, et on avance peu, car les erreurs stratégiques sont nombreuses. Une fois qu’on a débroussaillé, on trouve son rythme de croisière et cela va plus vite pour les romans suivants. Je ne saurais pas de donner de temps minimum ou maximum, cela du temps que l’on y consacre et de notre disponibilité. Avec des charges de famille et un job salarié, forcément, cela va moins vite.

MK : D’où te vient l’inspiration pour tes livres ?

ED : Le premier de mes romans, “la Malédiction d’Orphée” a été construit autour de mes connaissances sur les serpents, les stupéfiants, la mythologie grecque et le théâtre. Peu à peu m’est venu l’idée d’une intrigue assez complexe, qui a nécessité des connaissances pointues en médecine. Le hasard a voulu que je tombe malade au moment où je venais de rassembler les éléments scientifiques nécessaires à mon intrigue. Mon état a nécessité une hospitalisation, dont j’ai profité pour poser beaucoup de questions au médecin l’interne qui me suivait. Cela a permis d’approfondir le scénario et de creuser un peu les fausses pistes.

Pour mon premier roman historique, c’est le personnage de Georges Clémenceau et la légende de Diane de Poitiers qui m’ont inspirée pour créer une fiction sur fond de réalités historiques, dans une intrigue ancrée à l’aube de la création des brigades du Tigre. Bien sûr, il n’y a aucun lien entre les deux personnages. C’est l’Histoire et la fiction qui ont créé un lien.

Pour le roman -purement historique, celui là- que je prépare, c’est tout simplement l’histoire d’un village et d’un de ses plus -tristement- illustres personnages : le moine Jacques Clément, assassin de Henri III, et premier régicide de France. Cette histoire m’a inspirée car elle sort totalement du roman national simpliste que l’on nous a servi depuis des siècles.

MK : Comment crées-tu un livre ? quel est ton processus créatif ? As-tu un rituel précis ?

ED : Le seul rituel qui soit commun à tous les livres est l’enchaînement Recherche-Pause-écriture. Je laisse toujours “décanter” les éléments récoltés dans ma tête avant de me lancer dans l’écriture. La pause entre les deux m’est indispensable pour savoir avec clarté de quelle manière je vais aborder le récit : la structure et le déroulé de l’histoire, le personnage qui va être mis au centre dès le départ…

Après, dans la mise en route, cela peut varier. Pour “la Malédiction d’Orphée”, j’avais établi l’intégralité de ma trame avec précision avant même de me mettre à l’écriture. Mais je l’ai modifiée à mesure, car au fur et à mesure que j’avançais, mon inspiration prenait ses libertés. Pour “En notre âme et conscience”, c’était différent. Je suis partie d’une scène que mon imaginaire avait produit, mais qui ne pouvait constituer la première scène du roman. J’ai brodé autour, et elle s’est retrouvée en fin de la première partie, tout en amorçant ce qui suivait. Et j’ai bâti la trame de mes autres parties au fur et à mesure. Ce n’est qu’au début de la quatrième partie que j’ai réfléchi à la façon dont je devais boucler la boucle. De ce fait, j’ai découvert l’intrigue quasiment en même temps qu’elle s’offrait au lecteur. A peine plus tôt.

 

MK : Quelles difficultés as-tu rencontrées ? Comment les as-tu surmontées ?

ED : Comme pour beaucoup d’auteurs, mon pire ennemi est la page blanche. L’inspiration ne vient que rarement de façon spontanée, toute cuite et prête à écrire. J’ai été confrontée à ce souci pour mon deuxième roman, “En notre âme et conscience” : il me fallait deux modes opératoires différents. J’avais le premier, mais il me manquait le deuxième. C’est en fouillant dans l’histoire de l’évolution du droit des femmes que je l’ai trouvé. Depuis, la recherche documentaire est devenue plus qu’un réflexe pour moi : elle est le socle de mon inspiration.

MK : Quel type d’édition as-tu choisi ?

ED : Mon premier roman avait été édité par la maison “Ateliers de presse”, en 2007. Il s’agissait d’une jeune maison d’édition, fondée par deux membres du jury du concours du prix du quai des Orfèvres, qui avaient remarqué mon manuscrit pendant ce même concours. Malheureusement, comme beaucoup de jeunes entreprises, elle n’a pas passé son second anniversaire et a fermé ses portes. Je n’ai jamais perçu mes droits d’auteur.

Cette mésaventure, ainsi que mon sens de l’indépendance, m’ont poussée à me tourner vers l’auto-édition. J’apprécie de maîtriser chaque étape, même si cela représente beaucoup de travail. J’ai tenté de déléguer certaines tâches à des plateformes qui proposent leurs services d’aide à la création de couverture ou de diffusion sur les librairies en ligne. Cela peut aider certaines personnes, mais c’est une solution qui ne me convient pas, pour de nombreuses raisons.

 

MK : Comment fais-tu la promotion de ton/tes livres ? Quelles sont tes stratégies ?

ED : Pour être franche, j’en suis toujours à la découverte des stratégies de promotion. Ta stratégie, que j’ai découverte en formation*, avait porté ses fruits, mais je ne disposais à l’époque que d’une audience limitée. Je dois l’augmenter, j’en ai conscience, mais à l’heure actuelle, ce n’est pas véritablement ma priorité, qui est plutôt d’ajouter quelques livres à mon offre, pour proposer d’autres produits et avoir une vitrine plus fournie.

 

MK : Qu’est-ce que la rédaction et la publication de tes ouvrages t’ont apporté ?

ED : Avant tout, la grande satisfaction d’avoir appris énormément de choses sur le plan technique (conception des couvertures, blogging…) et de garder la maîtrise de mes décisions, de rester alignée vis à vis de la conception de mon activité. Je garde ainsi mon authenticité et mes livres ne sont pas un produit marketing, mais une œuvre qui reste, jusqu’au bout, très personnelle.

 

MK : Aurais-tu des conseils à donner aux auteurs qui nous regardent ?

ED : Le premier des conseils, je crois, est de rester fidèle à ce qu’ils sont, à ce qu’ils aiment, à la façon dont ils conçoivent une histoire intéressante ou divertissante. On ne peut jamais faire l’unanimité. Il est donc inutile, à mon sens, de ratisser large et de mêler, dans ses romans, la conception et les recettes de plusieurs auteurs, même très connus. Au contraire, mieux vaut rester authentique et se consacrer à ce que l’on veut faire et à la façon dont on aime s’exprimer. On peut s’inspirer de certains auteurs proches de notre “spécialité” (les auteurs de romans historiques si l’on fait de la fiction historique, par exemple), mais il est important de garder son identité propre. C’est ainsi qu’on attirera les lecteurs qui nous suivront. Il est également crucial, et cela, je l’ai compris très récemment, c’est de faire en sorte que nos supports (blogs, pages FB) soient en cohérence avec notre style et notre personnalité. Si nous aimons le romantisme, les fleurs, les beaux costumes d’antan, un décor ultra-moderne risque de ne pas coller. Si nos romans sont sulfureux, avec du crime à la clé, un décor trop rose n’annoncera pas le ton comme il le faut.

 

MK : Pour finir, peux-tu nous rappeler tes ouvrages et où on peut se les procurer ?

ED : Mes romans “La malédiction d’Orphée” et “En notre âme et conscience” sont disponibles sur Amazon. Il suffit de taper “Elodie Delmarès” dans le moteur de recherche de la plateforme. Pour le moment je n’ai pas encore de boutique sur mon site, mais c’est en projet, afin de proposer notamment des ouvrages dédicacés aux lecteurs.

 

Un grand merci à Elodie Delmarès pour cette interview !

 

En vous souhaitant réussite et succès dans vos écrits,

 

Malik Kahli.

 

* Elodie se réfère ici à ma formation Ecrivain Pro dont elle a fait partie.

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